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CAROLE CICCIU
NÉE EN 1989 – FR/IT
VIT ET TRAVAILLE ENTRE PARIS, VALBONNE et BREST
Portfolio 2018
Perturbé, le spectateur se questionne sur le personnage du film qu’il est en train de regarder. Il semblerait qu’il l’ait aperçu dehors, plus tôt dans la journée. Quelque chose se passe peut-être ailleurs, ou l’a-t-il rêvé ?
Carole Cicciu, en réactivant les mouvements du personnage de son film Left Over dans une performance ex-situ, crée une sensation de déjà-vu. Cet écho donne un indice sur la façon dont elle construit des narrations et produit des fictions sur des sujets inspirés de son observation du quotidien. Par l’emploi et le détournement de l’outil cinématographique, elle crée des ensembles narratifs qui invitent le spectateur à percevoir ou non des événements inframinces. Ici, elle fait l’usage inversé du vert d’incrustation pour intégrer à la manière d’un bug, un personnage dans le réel. Sur le dancefloor d’un club au petit matin, elle fait jouer des basketteurs au milieu des danseurs. Elle questionne la véracité de ces rencontres et le statut de ces synchronicités. Sont-elles fortuites ou est-ce un geste délibéré ?
De l’usage de l’autotune aux conférences sur l’univers, des stratégies de communications du rappeur Vald aux chaînes de vidéos spirituelles, en passant par sa Collection de Gestes Dénotant Un Malaise Physique Notoire, elle balaie un large spectre qui établit son rapport au monde et façonne sa perception des tensions qui l’animent. De là, elle dresse le portrait d’une #réalité en constante réécriture, elle navigue d’un sujet à l’autre créant des connexions et paradoxes qui lui sont propres. Ces systèmes de signes construisent les portraits de ses personnages et ses objets de même que les récits qui les animent.
Elle agit telle une chef opérateur, une chef d’orchestre dont elle emploie l’anglicisme « director », pour décrire sa posture et sa méthode. L’usage et l’activation simultanés de la vidéo, de la performance, d’objets, de dessins et installations lui sert à inscrire ses narrations dans un même temps, mais plusieurs espaces. Ainsi, le spectateur de passage est le seul témoin de ces répétitions. Il détient un rôle crucial car seul lien entre tous ces éléments. Il construit son propre récit à partir de ses observations et devient, lorsqu’il active les pièces, le possible point de vue omniscient du travail.